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La commanderie de Ramersdorf vers 1832, lithographie de Christian Hohe

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Christian_Hohe_Kommende_Ramersdorf.jpg

La commanderie teutonique de Ramersdorf
2. Les bâtiments

 

La commanderie teutonique de Ramersdorf, aujourd’hui transformée en hôtel de luxe dans des bâtiments néogothiques datant du XIXe siècle, peut être reconstituée telle qu'elle se présentait dans les années 1400, à l'époque où Tilmann y passe une partie de son adolescence.
 

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« Le groupe des bâtiments qui composaient la commanderie avait été construit sans ordre précis, au fur et à mesure du temps, à partir d’une résidence rectangulaire, de six travées de large et deux niveaux en hauteur, flanquée au milieu de sa façade extérieure d’une avancée en pignon. Accotée au flanc droit de cette avancée, dans l’angle que celle-ci faisait avec l’alignement de la façade, était une tour hors d’œuvre circulaire, de même hauteur que le reste, qui abritait l’escalier à vis desservant par l’intérieur les étages. Le bâti s’était étendu à droite et à gauche de cette résidence principale, dans le prolongement de la ligne faîtière, formant une succession de corps d’importances diverses, en avant ou en retrait de la façade. Les toits à double pente, tous orientés dans l’axe long du bâti, étaient rythmés, aux raccordements entre les bâtiments, par des pignons à redents. L’extrémité à dextre de cet ensemble s’achevait par un châtelet rudimentaire, sans tour ni étage, à cheval sur un portail formé d’une porte cochère en plein cintre donnant sur une chambre de herse, et accostée, à droite, d'une porte piétonne.

Cet alignement de façades constituait le devant de l’enceinte à peu près carrée de la commanderie, qu’un mur ancien fermait par derrière sur ses trois autres côtés. En avant, une fausse braie renforcée des restes de deux bastions signalait la destination autrefois défensive de l’ensemble, dont ils complétaient l’ouvrage. Cet usage propre aux temps de guerre avait été abandonné il y a longtemps, car le bâtiment principal, qui abritait la suite du commandeur, le réfectoire et les salles de réception, recevait désormais le jour, non de meurtrières, mais de grandes fenêtres à meneaux croisés qui avaient plus d’élégance que d’efficacité militaire.

On entrait dans la cour de la commanderie par le portail, en passant sous le châtelet, pour découvrir la chapelle dédiée à Saint-Georges, une petite nef ancienne de quinze pas de long par huit de large, dont le toit à double pente se terminait, côté chœur, sur une croupe ronde, et auquel étaient accostés, du côté du portail, le clocher carré au toit pointu à quatre pentes, et de l’autre côté un clocheton surmontant un contrefort.

L’intérieur de l’enceinte était divisé, dans le sens parallèle à la ligne des bâtiments principaux, par un mur et une seconde série de bâtiments qui séparaient la cour de la chapelle d’avec le jardin potager sis au-delà. Ces bâtiments dédiés à l’exploitation du domaine propre de la commanderie abritaient des logements pour les valets, les écuries, granges, appentis de rangement des outils, faisant de l’ensemble un mélange de château et de cour fermière. L’ensemble était entouré de quelques vergers et vignes. »

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Dessin à la plume de la commanderie de Ramersdorf (vers 1569)

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kommende_Ramersdorf3.jpg

Cet extrait devait faire partie du roman, mais a finalement été retiré pour se rapprocher du style d’écriture attendu d’un narrateur du XVe siècle : les récits fictionnels font à cette époque peu de place à des tableaux paysagers. Les lecteurs de notre carnet en ligne ont donc le privilège d’un passage inédit qui décrit l’aspect que doit avoir la commanderie teutonique de Ramersdorf à l’époque où Tilmann y vit une partie de son adolescence.

Aujourd’hui, le site est dominé par le château baroque construit au XIXe siècle et transformé en hôtel. Il est pris entre une route et une bretelle d’autoroute, là où s’étendait un paysage de bois, de vergers et de vignes en surplomb du Rhin, en face de Bonn. Mais on peut reconstituer le tableau qu’offrait au tournant des années 1400 une commanderie typique de l’Ordre teutonique, à partir des dessins et tableaux antérieurs à ces transformations.

La commanderie de Ramersdorf vers 1700. Gravure de Romeyn de Hooghe.

L’illustration permet de reconstituer l’organisation du bâti.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ets_met_kasteel_-_Unknown_-_20403948_-_RCE.jpg

La chapelle Saint-Georges a été construite autour de 1230. L’ensemble des bâtiments d’origine doit dater de cette même époque. Les voûtes de la chapelle sont peintes, ainsi que les murs du chœur, au cours du dernier quart du 13e siècle, les murs de la nef sont décorés vers 1330 (Neu 1969, p. 18).

Au tournant des années 1400, la fonction défensive des bâtiments, qui ne se justifie plus, a laissé place à des aménagements de confort, comme les fenêtres à meneaux, typiques de la fin du moyen-âge, qui laissent passer davantage de lumière.

En 1844, un incendie ravagea la commanderie. La chapelle, détruite, fut démontée, transférée et reconstituée dans le vieux cimetière de la ville de Bonn en 1846/47, où elle se trouve actuellement. L’épisode permet de dater certaine des illustrations.

Références :

Heinrich Neu (1961), Die Deutschordenskommende Ramersdorf, Bonn.

Heinrich Neu (1969), Das Rheinland und der Deutsche Orden, Studien zum Deutschtum im Osten, vol 5., Köln.

Damian Hungs, Kommenden des Deutschen Ordens.

En ligne: https://damian-hungs.de/kommenden-des-deutschen-ordens/

Pour Ramersdorf : https://damian-hungs.de/kommende-ramersdorf/

La chapelle de la commanderie de Ramersdorf, démontée et reconstituée dans le vieux cimetière de Bonn.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:RKAP1.jpg

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La commanderie de Ramersdorf vers 1840, lithographie de Christian Hohe :

la chapelle est toujours là.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kommende_Ramersdorf_2_Sammlung_Duncker.jpg

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La commanderie de Ramersdorf vers 1857, lithographie de Christian Hohe. On identifie au premier plan la fausse braie et les bastions qui faisaient partie de l’ouvrage de défense médiéval. La chapelle a disparu dans l’incendie de 1844.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kommende_Ramersdorf_Sammlung_Duncker.jpg

Là-bas sont les dragons

1410. La bataille de Tannenberg, aux confins du Saint-Empire, amorce le déclin des chevaliers teutoniques. Les lignes se déplacent. Les barbares de jadis sont devenus chrétiens, et ne donnent plus aux conquêtes l'excuse de la croisade. Autant dire que l’ennemi est un voisin, un presque semblable. Où sont ces créatures fabuleuses que les cartes du monde, rassurantes, désignaient comme monstrueuses mais lointaines : Hic sunt Dracones, « ici sont les dragons » ? Pour Tilmann, jeune palefrenier en la commanderie de Cologne, cet « ici » est un « là-bas » qui l'appelle. Mais à l’aube de temps nouveaux, la terre est devenue ronde et sans bords. Le lieu le plus lointain que je puisse atteindre demain, n’est-il pas celui où je me trouve aujourd’hui ? Y a-t-il d’autres confins à explorer, d'autres dragons à rencontrer, que ceux que je découvre en moi-même ?

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Patrick Schmoll

Patrick Schmoll est docteur en psychologie et diplômé de sciences politiques, d’histoire et de sociologie. Il a fait l’essentiel de sa carrière, de 1977 à 2020, au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), où il a notamment contribué au lancement de la revue de linguistique Scolia jusqu’en 2000, puis a été rédacteur en chef de la Revue des sciences sociales jusqu’en 2014.

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Acteur local de l’innovation à Strasbourg, il a participé au début des années 2000 à plusieurs projets de jeu vidéo et de serious games, et a cofondé la société Almédia et le studio de jeu vidéo Ernestine. Passé dans le privé en 2021, il est directeur scientifique de PSInstitut et des Cahiers de systémique.

Auteur de plusieurs essais, dont une série d'études consacrée à la figure de la "Société Terminale", il livre ici un roman à entrées multiples : fiction historique, mais aussi réflexion sur la passion amoureuse et sur l'écriture créatrice de mondes.

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