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Une famille ancienne

de la Hardt

Les Schmoll originaires de la forêt de la Hardt, en Alsace, descendent d'un ancêtre commun, Hans Schmoll, éleveur de moutons installé dans cette région (le long du Rhin entre Bâle, Mulhouse et Colmar) à la fin du XVIe siècle, et dont les descendants ont formé, sous l'ancien régime et jusqu'au XXe siècle, une famille de notables ruraux qui a donné aux villages de Hirtzfelden et Oberhergheim plusieurs maires et curés.

Des éleveurs

originaires de Suisse auXVIesiècle

La famille est implantée en Alsace depuis la fin du XVIe siècle. Dans les premiers registres paroissiaux disponibles, au début du XVIIe siècle, on trouve lee patronyme encore écrit indifféremment sous les deux formes, Schmoll ou Schmoller. Par la suite, c'est la graphie abrégée qui s'impose.

La famille est l'une des premières à s'installer à Hirtzfelden, au cœur de la forêt de la Hardt, au lendemain de la guerre de Trente Ans (1618-1648), venant d'Oberwil en Suisse (canton de Bâle-Campagne). L'Alsace a en effet connu une importante immigration d'origine helvétique à l'issue de cette guerre, qui a dévasté le pays et l'a vidé des deux tiers de sa population, décimée par les exactions de la soldatesque, la famine et les épidémies. La moitié des patronymes "alsaciens" en Haute-Alsace, sont en fait d'origine suisse.

 

La présence des Schmoll est cependant attestée dans cette région antérieurement à la guerre de Trente Ans, dès la fin du XVIe siècle, en la personne de Hans Schmoll, éleveur de moutons et l'un des refondateurs en 1584 de la Confrérie des bergers du Rhin supérieur.

Cette "Bruderschaft", dont le siège était à Hirtzfelden, est un exemple original de corporation en milieu rural. Elle réunissait les éleveurs fermiers et les intendants de bergeries seigneuriales de la Haute-Alsace et du Brisgau autrichiens. Elle devait exister depuis la fin du moyen-âge, et avoir joué un rôle économique et politique non négligeable, puisqu'elle semble avoir été démantelée par la répression seigneuriale qui suivit la Guerre des Paysans de 1525. En 1581, c'est Hans Schmoll qui reçoit à Dessenheim trois autres bergers, dont Hans Batt, l'intendant de la bergerie seigneuriale d'Erbenheim, pour une réunion de travail au cours de laquelle est posé le principe d'une restauration de la Confrérie. Après négociation avec la régence autrichienne à Ensisheim et le secrétaire des seigneurs de Ribeaupierre à Heiteren, la corporation est officiellement reconstituée à Hitzfelden le 24 août 1584, jour de la Saint-Barthélemy. Hans Schmoll en devient l'un des quatre Meister.

La Confrérie restaurée se maintiendra après l'intégration de l'Alsace au royaume de France, au moins jusqu'à la fin du XVIe siècle, et probablement jusqu'à la Révolution, qui abolira les corporations d'ancien régime en 1791. Elle était dirigée par quatre maîtres, et les Schmoll semblent en avoir tenu le titre de manière pratiquement héréditaire, ce qui leur donnait une position importante au sein de la paysannerie de la région.

Reconstitution schématique de la stèle funéraire de Johannes Schmoll à Hirtzfelden (1682), d'après les indications de Th. Walter, Alsatia Sepulta.

Dès cette époque, les Schmoll se présentent comme une des familles importantes sur Hirtzfelden, Munchhouse, Niederentzen et Oberhergheim, alliées aux familles de notables de ces villages (notamment les Ebelin à Hirtzfelden, Lach et Mann à Oberhergheim, Reymann à Munchhouse).

Depuis Hirtzfelden, des branches de la famille s'installent à partir de la fin du XVIIe siècle à Oberhergheim et Munchhouse, puis à Heiteren, Bilzheim et Saasheim.

Jean Michel Schmoll (1705-1763), marié à Anne Marie Mann, tient jusque vers 1735 la ferme du château des Ribeaupierre à Heiteren avant de revenir sur Bilzheim lorsqu'il hérite de son beau-père. Un autre Jean Michel (1706-1747) épouse Margaretha Dalwert, la fille du meunier de Saasheim, et prend la place de son beau-père au décès de celui-ci. Les familles Schmoll de Munchhouse, Bilzheim et Saasheim s'éteindront cependant dans le courant du XVIIIe siècle.

Les deux branches les plus importantes, issues de Lorenz (Laurent) Schmoll (1681-1767) et Maria Veronica Ebelin (1685-1760), sont établies à Hirtzfelden et Oberhergheim. Elles donneront à ces villages plusieurs maires et curés sous l'ancien régime et jusqu'au début du XXe siècle. On peut citer, à Hirtzfelden :

  • Laurent Schmoll (1713-1791), curé de Hirtzfelden de 1763 à la Révolution, soit pendant près de trente ans.

  • François Joseph Schmoll (1719-1785), membre du conseil de Hirtzfelden et régisseur de la reconstruction de l'église.

  • Laurent Schmoll (1760-1817), maire de Hirtzfelden sous la Révolution et l'Empire.

 

À Oberhergheim, les Schmoll tiennent la mairie tout au long du XIXe siècle et jusqu'à la première guerre mondiale :

  • Jean Michel Schmoll (1757-1819) est maire de 1805 à 1810.

  • Son fils aîné Jean Michel (1792-1849) de 1816 à 1830.

  • Le frère de celui-ci, Jean Georges (1796-1879) de 1833 à 1841 et de 1848 à 1870.

  • Enfin, le petit-fils de ce dernier, Georges Schmoll (1869-1958), est maire d'Oberhergheim de 1911 à 1919.

Le père Alphonse Schmoll (1867-1963), curé d'Oberhergheim décédé presque centenaire, est l'auteur d'un petit historique du village.

Une dynastie de notables ruraux (XVIIeauXXesiècle)

Au début du XVIIe siècle, un autre Hans Schmoll, probablement un arrière-petit-fils du précédent, est établi à Hirtzfelden. Lui-même et ses enfants sont mariés à des fils ou filles de familles rurales, dont les chefs de famille sont prévôts ou maires, non seulement dans la forêt de la Hardt, mais également dans la plaine cultivée et jusque dans le vignoble, comme les Hermann, les Ginglinger à Eguisheim, les Ernst à Feldkirch. Décédé en 1682, c'est sa stèle qu'on trouve parmi les monuments funéraires pris dans le mur d'enceinte de l'église de Hirtzfelden. L'inscription est en grande partie effacée, mais le texte nous a été conservé grâce au travail de Th. Walter et le gratifie du titre de "ehrsam Meister". Les Schmoll originaires de la région de la Hardt descendent tous de cet ancêtre commun : l'arbre généalogique au delà de la période de la guerre de Trente Ans a pu être établi presque complètement.

Les descendants actuels de cette famille

Le patronyme Schmoll est resté peu répandu dans la région. Les grandes familles paysannes avaient tendance à pratiquer un malthusianisme sévère pour éviter la dispersion des terres : souvent, un seul des fils reprenait la ferme du père et se mariait, les autres restaient célibataires. L'arbre généalogique révèle que, sur quatre siècles, il n'y a jamais eu plus de quatre familles cousines entre elles. Le phénomène a été aggravé par la longévité en moyenne assez importante du chef de famille (il n'est pas rare que les membres de cette famille atteignent 80 ans) qui, en reportant dans le temps l'accès des fils à la terre, retardait aussi leur mariage. Le nom a disparu de Hirtzfelden à la fin du XIXe siècle et est en cours d'extinction à Oberhergheim.

Il existe aujourd'hui deux lignées de cette famille vivant en France :

  • L'une est originaire d'Oberhergheim. Les Schmoll de cette branche habitent encore en Alsace et descendent de François Joseph Schmoll (1817-1866), qui a quitté Oberhergheim au XIXe siècle pour se marier et s'installer à Raedersheim, un village voisin. De là, son petit-fils Ernest Schmoll (1895-1967) s'est installé à Mulhouse, et ses descendants, enfants de l'exode rural, vivent en ville, principalement à Mulhouse et Strasbourg.

  • L'autre branche du groupe familial vient de Hirtzfelden et descend de Jean Michel Schmoll (1771-1833), qui s'est installé à Guebwiller avec sa famille dans les années 1820. Trois générations se succèdent dans cette petite ville, avant qu'Auguste Schmoll (1888-1955) s'établisse comme dentiste à Wasselonne, dans le nord de l'Alsace. Ses descendants vivent en dehors de l'Alsace, mais principalement dans le Grand Est de la France.

Deux frères et une sœur, Charles, Mélanie et Alfred Schmoll de Hirtzfelden ont quitté le pays au début du XXe siècle, pour s'installer aux États-Unis. Mais il n'y a plus de porteurs du nom parmi les descendants de cette branche émigrée.

Pour aller plus loin:

P. Schmoll (2003), Une organisation paysanne sous l'ancien régime : la Confrérie des Bergers du Haut-Rhin, Annuaire de la Société d'Histoire des Régions de Thann-Guebwiller, XX, 2000-2003, p. 100-111. En ligne : http://www.patrick.schmoll.fr/pdf/2003-ConfrerieDesBergers.pdf

 

P. Schmoll (2005), Une famille ancienne de la Hardt : les Schmoll (XVIe-XXe siècles), Annuaire de la Société d'Histoire des Régions de Thann-Guebwiller, XXI, 2004-2005, p. 191-201. En ligne : http://www.patrick.schmoll.fr/pdf/2005-FamilleSchmoll.pdf

 

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