


L'origine du nom
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Toutes les familles Schmoll qui portent une même forme du nom ne sont pas nécessairement en parenté et leurs patronymes n'ont pas tous la même origine, ni la même signification. Les Schmoll qui nous intéressent plus particulièrement sur ce site sont installés en Alsace depuis le XVIe siècle, venant de Bâle, et leur nom est une forme raccourcie de Schmoller.
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Il y a Schmoll etSchmoll...
Le patronyme Schmoll apparaît à la fin du moyen-âge. Il est mentionné en 1293 en Bavière : un Ulric Schmolle est témoin à un acte de donation de Friedrich von Pfaffenhofen (il s'agit de Pfaffenhofen sur l'Ilm, en Bavière) à l'abbaye de Furstenfeld, près de Munich (Wilhelm 1932, p. 17). Entre 1281 et 1300, dans la région de Nassau, un certain Heinrich de Winden, « dictus Smolle » et sa famille ont un différend juridique avec la commanderie de l’Ordre teutonique à Coblence, au sujet de biens faisant partie de l’héritage maternel. En 1373, un Cuntz Smoln, de Kemnat près de Stuttgart, achète un champ à Owen (Au) (Müller 1949, p. 36). En 1480, Bernt Smullink, de Dortmund, juge à Soest, entreprend une recherche sur son nom, dans laquelle on trouve les mentions les plus anciennes de la forme Schmolling : 1404 "Arnt de Dungeln, dit Smollingh", 1409 "Didrik Smollingh, juge à Clève" (Brechenmacher 1957). Une famille Smullinck, antérieurement Smolling, est en fait déjà citée au XIVe siècle aux Pays-Bas.
Le patronyme se présente à cette époque dans différentes régions d'Allemagne et d'Autriche, sous des formes et des graphies variables d'une région à l'autre et qui se transforment au fil des générations.
Toutes les familles Schmoll qui portent une même forme du nom ne sont pas nécessairement en parenté et leurs patronymes n'ont pas tous la même origine, ni la même signification. A contrario, certaines familles dont le nom s'écrit différemment peuvent néanmoins appartenir à la même souche. Les Schmoll d'Alsace sont parfois orthographiés Schmol ou Schmohl dans les actes d'Ancien Régime. Ils appartiennent à deux lignées : l’une descend d’ancêtres juifs jadis installés dans le Sundgau et les environs de Bâle, et leur patronyme est une inflexion locale de Schmuhl ou Shemuel (Samuel) ; les Schmoll qui nous intéressent plus particulièrement sur ce site sont installés en Alsace depuis le XVIe siècle, venant de Bâle, et leur nom est une forme raccourcie de Schmoller.
L'étymologie du patronyme, et l'étude de son évolution sous ses différentes formes et graphies, permettent dans certains cas de faire des hypothèses sur les parentés pouvant exister entre des familles de régions éloignées portant le même nom, ou entre des familles de la même région portant des noms différents mais approchants.
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Un tempérament boudeur... oumoqueur?
L’origine des Schmoll alsaciens installés dès le XVIe siècle dans la région de la Hardt remonte à une famille Schmoller bourgeoise de Bâle depuis le XVe siècle. Une branche s’installera à Oberwil, dans l’ancien évêché de Bâle, actuel canton du Jura, en conservant ce patronyme. De là, ceux qui s’installeront ensuite en Alsace, à Hirtzfelden puis Oberhergheim, portent brièvement le même nom dans les premiers registres paroissiaux d’après la guerre de Trente Ans (1618-1648), ce qui permet d’établir leur parenté avec la souche bâloise ; mais le suffixe –er tombe rapidement et le nom devient Schmoll.
On lit souvent, sur les sites généalogiques, une interprétation du patronyme comme dérivant de l’allemand « schmollen » qui signifie « bouder » en allemand contemporain. Le « Schmoller » serait donc une personnalité renfrognée… Cette lecture n'est pas la bonne, mais on peut s’y arrêter un instant.
En fait, en vieil allemand, le verbe « schmollen » a un sens qu’il a un peu perdu en allemand moderne. Il signifie originellement « sourire » (c’est la même racine que l’anglais « to smile »), avec une évolution du sens, du XVe au XVIIIe siècles, vers « sourire intérieurement, en soi-même » et « sourire d’un air narquois ». La connotation d’un sourire « entendu », critique ou narquois, fait parallèlement évoluer le sens vers « garder son quant-à-soi, garder le silence par obstination ou mécontentement, bouder, se retirer ». C’est finalement ce dernier sens de « bouder » qu’il garde en allemand moderne, le sens originel de « sourire » étant capté à partir du XVIIIe siècle par « schmunzeln ». Le « Schmoller » serait donc plutôt un personnage identifié par un trait de caractère ambivalent : quelqu’un qui sourit, voire se rit facilement de tout, mais garde son quant-à-soi, et peut aussi s’isoler ou être isolé par les autres du fait de son côté narquois ou têtu.
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Les armes de la famille Schmoller
dans l'armorial de la ville de Bâle
C’est semble-t-il bien ainsi que l’a interprété l’illustrateur de l’armorial de la ville de Bâle (Wappenbuch der Stadt Basel). Les armoiries des Schmoller y figurent, et se blasonnent ainsi : d’azur à deux croissants d’or entrelacés, l’un versé, enfilés d’une flèche de même, pointée et empennée d’argent. L’artiste qui a redessiné les blasons de l’armorial bâlois a décoré la page de deux croissants de lune visagés, l’un faisant une grimace de mécontentement, l’autre un sourire goguenard, comme s’il avait voulu représenter le caractère des Schmoller : tantôt gais et souriants, un peu narquois, tantôt boudeurs ou têtus. Une telle lecture est certes encouragée par la figuration dans ces armoiries de deux croissants inversés. Le symbolisme de la lune, astre des métiers intellectuels en raison de son influence sur l’esprit et les humeurs (et de ce que ces métiers peuvent s’exercer aussi la nuit), permettrait d’interpréter les croissants entrelacés, l’un montant, l’autre versé, comme des sortes d’émoticônes, des bouches respectivement hilares et fâchées.
Et pourtant, cette interprétation est fautive…
Les Schmoll deSchmollen
Avant d’être reçus dans la bourgeoisie de Bâle au XVe siècle, les Schmoller venaient de Westphalie, dans la région de Siegen, et antérieurement encore, sans doute de la ville de Schmölln en Saxe.
Notre famille doit son nom à un toponyme slave de la forme Smoln. Il existe de nombreuses localités, en Allemagne et dans les pays slaves, dont le nom est construit sur ce radical : Smolna, Smolec et Smolice en Silésie polonaise, Smolnik en Slovaquie, dans la région de Gelnica, plusieurs villages nommés Schmölln en Allemagne de l'est et du nord, etc. La plus connue de ces localités est la ville de Schmölln en Thuringe. Dans tous ces cas, ces toponymes tirent leur origine du mot slave smola, qui signifie « poix ». Il s'agit donc à l'origine d'un village dont l'activité aurait été centrée sur l'extraction des résines et goudrons végétaux servant à la fabrication de la poix, laquelle était utilisée pour l'étanchéité des coques de bateaux.
Cette étymologie est confirmée par l'économiste Gustav Schmoller (1838-1917), dont la famille est originaire de Neustadt an der Saale, où l’on retrouve le nom dans les registres sous les formes Smolner, puis Schmoller, et le plus anciennement sous la première, en la personne d'un Jörg Smolner (cité en 1491). Gustav Schmoller interprétait son patronyme à partir de la racine slave en le traduisant : « brûleur de charbon » (« Kohlbrenner »).
Les Schmoller de Westphalie, installés à Siegen et Littfeld, devaient une certaine aisance à l’exploitation de la forêt sous forme coopérative, pour en tirer le charbon de bois nécessaire à l’extraction minière et à la transformation des minerais. Ils sont identifiés, tantôt par le patronyme Schmoll (Smol, Smole), tantôt par le générique Schmoller, qui désigne un collectif de personnes apparentées : soit parce qu’ils sont originaires de Schmölln, soit (ce qui se pratiquait aussi) parce qu’ils manifestent qu’ils descendent d’un même ancêtre nommé Schmoll.
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Un patronyme apparenté: lesSchmollinger?
Les transformations qui affectent la forme et la graphie du nom suggèrent que des familles portant un autre patronyme pourraient être apparentées à la nôtre. Nous mentionnons ici pour mémoire une piste qui doit encore faire l'objet de recherches.
Les Schmollinger originaires de Souabe et de la Forêt-Noire pensent devoir leur nom à un village disparu, Schmollingen, qui aurait existé dans le massif du Schönbuch, près de Tübingen. Le village aurait disparu, comme beaucoup d’autres, des suites de la guerre de Trente Ans.
Cependant, aucun état des villages et lieux-dits, y compris disparus, de ces régions ne mentionne un tel toponyme. Le nom est par ailleurs peu répandu, ce qui indique une formation relativement récente : l'ancêtre commun semble être un Hans Schmollinger ayant vécu au XVIe siècle.
Une possibilité est que le patronyme Schmollinger, comme celui de Schmoller, indique une provenance qui est un lieu, mais peut-être aussi une famille Schmoll dont ils seraient les descendants.
Les Schmollinger de Forêt-Noire et les Schmoll(er) de la Hardt ont en commun une particularité qu'il faut signaler : ce sont, à l’origine, des familles d’éleveurs de moutons. Ce métier était autrefois une originalité dans un « pays à grain » (en plaine, au moins). Les Schmoll de la Hardt étaient maîtres de confrérie au sein d'une Confrérie des bergers du Rhin supérieur. Les Schmollinger font figurer dans leur blason une tête de bélier. Que des familles aux patronymes semblables puissent être rapprochées en raison d’une même activité distinctive, plaide pour l'hypothèse d'un lien de parenté ou d'alliance ayant existé entre elles.
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Les familles Schmoll juives
De même que des familles portant un nom différent peuvent être néanmoins apparentées, des familles qui portent le même nom peuvent a contrario n'avoir pas de lien de parenté entre elles. Le nom Schmoll peut en effet avoir d'autres origines.
Le patronyme Schmoll passe ainsi fréquemment pour être typiquement juif. En dialecte alsacien, dr Schmule désigne même « le Juif ». En réalité, il s'agit là d'une signification assez localisée du patronyme. Les recherches généalogiques sur les familles Schmoll juives les font toutes remonter à deux ancêtres, établis au XVIIe siècle dans le Sundgau alsacien, l'un à Steinbrunn-le-haut, l'autre à Hirsingue, et peut-être en parenté l'un avec l'autre (en raison de la transmission des mêmes séquences de prénoms dans les deux lignées). Les Juifs ne portaient pas de nom de famille avant que les États modernes ne les y obligent pour des raisons de conscription et d'imposition. Les noms de famille juifs apparaissent en Alsace au XVIIIe siècle seulement, et les intéressés choisissent à cette occasion fréquemment le nom de leur père comme nom de famille.
Le patronyme Schmoll (qui s'écrit souvent Schmol avec un seul « l » dans l'état civil jusqu'au XIXe siècle) vient ici d’un diminutif yiddish de Samuel : Schmul, dont l’inflexion en Schmol(l) résulte d’une prononciation particulière à la Haute Alsace et à la région de Bâle. La première mention de cette forme est celle d'un Schmol juif à Weil-am-Rhein en 1517 (Staatsarchiv Basel, Missiven A 34a). Il est possible que ces familles aient été au XVIe siècle en contact avec les Schmoller de Bâle et Oberwil. L'inflexion du nom Schmul en Schmol aurait pu se faire en partie par rapprochement avec les Schmoll habitant la région : le même procédé de « germanisation » par paronymie s'observe pour d'autres noms juifs, comme les Meïr, qui sont devenus des Meyer, par rapprochement avec le nom allemand déjà existant à l'époque.
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Références :
AfS (1928-1944) = Archiv für Sippenforschung von alle verwandten Gebiete, Görlitz, C.A. Starke Verlag, Band V-XX, cité par Brechenmacher.
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Brechenmacher J.K. (1957), Etymologisches Wörterbuch der Deutschen Familiennamen, Limburg a.d. Lahn, C.A. Starke Verlag.
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Guizard C. & Speth J. (1991), Dialectionnaire. Dictionnaire dialectal Alsacien-Français-Allemand, Mulhouse, Ed. du Rhin.
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Heintze A. & Cascorbi P. (1933), Die Deutschen Familiennamen, geschichtlich, geographisch, sprachlich, Halle/S.-Berlin, Buchhandlung des Waisenhauses.
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Miklosich F. (1927), Die Bildung der slawischen Personen- und Ortsnamen, Heidelberg, cité par Heintze & Cascorbi.
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Müller K.O. (ed.) (1949), Urkundenregesten des Prämonstratenserklosters Adelberg (1178-1536), Stuttgart, W. Kohlhammer Verlag (Veröffentlichungen der württembergischen Archivverwaltung, Heft 4).
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Pfeifer W. (ed.) (1989), Etymologisches Wörterbuch des Deutschen, Berlin, Akademie-Verlag.
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Schmoller G.H. (1908), notice in Literarische Beitrage des Staatsanzeigers für Würtemberg,
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Wilhelm F. (ed.) (1942), Corpus der Altdeutschen Originalurkunden bis zum Jahre 1300, Lahr, M. Schauenburg Verlagsbuchhandlung, 1932-1963, t. III (1942).